La SLA dans la peau

8 Janvier, 2016 - 08:00

Par Jean Hamann

Une équipe de la Faculté de médecine vient de démontrer que certaines manifestations de la sclérose latérale amyotrophique (SLA) s'expriment non seulement dans les neurones, mais également dans la peau. Cette percée réalisée par l'équipe du professeur François Gros-Louis, de la Faculté de médecine, laisse entrevoir la possibilité d'établir un diagnostic de la maladie à partir d'une simple biopsie cutanée et de recourir à de la peau cultivée in vitro pour tester de nouveaux traitements.


La SLA, aussi connue sous le nom de maladie de Lou Gehrig, se caractérise par une dégénérescence des neurones qui gèrent l'activité musculaire. Cette atteinte des neurones moteurs, dont les premières manifestations surviennent à l'âge adulte, entraîne un affaiblissement progressif des bras et des jambes, suivi d'une paralysie musculaire et des problèmes respiratoires graves pouvant conduire à la mort. La maladie, qui frappe de 5 à 7 personnes sur 100 000, est incurable. Le seul traitement reconnu fait appel au riluzole; ce médicament prolonge de quelques mois la vie d'une partie des patients.

L'absence de biomarqueur complique le diagnostic de la maladie, souligne François Gros-Louis. «En général, le patient se présente chez le médecin avec des problèmes moteurs et il s'écoule environ 18 mois avant que le diagnostic soit confirmé. À ce moment, une partie des neurones moteurs sont déjà morts ou en dégénérescence. Si on pouvait diagnostiquer la maladie plus rapidement, l'efficacité du riluzole ou d'autres médicaments serait peut-être plus grande.» On sait que la SLA, tout comme d'autres maladies neurodégénératives, s'accompagne de changements de la peau. «Ceci peut s'expliquer par le fait que les tissus neuronaux et cutanés sont formés à partir des mêmes tissus pendant l'embryogenèse, rappelle le professeur Gros-Louis. C'est ce qui nous a donné l'idée de chercher des biomarqueurs dans la peau de patients atteints de SLA.» 

Les chercheurs ont donc prélevé des cellules cutanées chez des patients qui avaient reçu un diagnostic de SLA et ils les ont cultivées en laboratoire en appliquant la méthode développée par leurs collègues du Centre de recherche en organogénèse expérimentale de l'Université Laval (LOEX). Après quelques semaines de culture, la peau ainsi produite montrait des anomalies structurales importantes par rapport à la peau produite à partir de cellules provenant de sujets en santé. Les cellules manquent de cohésion, la jonction entre le derme et l'épiderme est anormale, les cellules de l'épiderme ne se différencient pas et le collagène – la substance qui assure la cohésion et le soutien du tissu cutané – est désorganisé. «De plus, nous avons aussi trouvé des agrégats de la protéine TDP-43 dans le cytoplasme des cellules cutanés. C'est la première fois que cette manifestation typique de la SLA est observée ailleurs que dans les neurones et le système nerveux central», souligne le professeur Gros-Louis.

Le chercheur du LOEX estime que ce modèle de peau est un outil prometteur pour étudier les mécanismes physiopathologiques sous-jacents à la SLA, pour repérer des marqueurs prédictifs de la maladie et pour tester de nouveaux traitements. «Jusqu'à présent, la mise au point d'un modèle humain de la maladie se butait à de sérieux problèmes. Prélever des cellules dans le système nerveux des patients est une procédure trop invasive. De plus, comme la maladie ne commence pas toujours dans la même partie du corps, on n'aurait pas su où pratiquer la biopsie. Notre modèle de peau règle ces problèmes et il nous ouvre une fenêtre sur le système nerveux central des patients atteints de SLA et peut-être même d'autres maladies neurodégénératives.»

Bastien Paré, François Berthod et François Gros-Louis, chercheurs au LOEX et au Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval, présentent les grandes lignes de leur découverte dans un récent numéro du Journal of Molecular Biomarkers & Diagnosis. Leurs premiers résultats avaient fait l'objet d'un article, signé par 13 chercheurs et publié plus tôt cette année, dans Acta Neuropathologica Communications.